Les Tontines

Tontine ou « Likelemba« en congolais avec quelques nuances à préciser.

« Nous sommes ce que nous répétons chaque jour. L’excellence n’est alors plus un acte, mais une habitude. » Aristote

A propos des tontines, terminons par le commencement : d’où vient le mot tontine et quelles réalités recouvrent t’il dans l’histoire de l’occident ?

Le mot tontine vient de Lorenzo Tonti, banquier napolitain qui proposa ce système à Mazarin au 17ème siècle. Chaque souscripteur verse une somme dans un fonds et touche les dividendes du capital investi. Quand un souscripteur meurt, sa part est répartie entre les survivants. Le dernier survivant récupère le capital. C’est donc un fonds d’épargne collective, ancêtre d’une nouvelle pratique courante. Néanmoins, nous signalons aussi, un système semblable à la tontine en Asie, qui apparut dès le 2ème siècle après Jésus Christ. Mais ce n’est pas l’objet de notre sujet. Ainsi nous avons résumé à notre manière, l’origine et la pratique des tontines en Europe.

Quant à nous autres africains, et surtout congolais en particulier, souvent, la façon dont nous voyons le problème est le problème !

Le système de l’épargne traditionnel congolais dit « Likelemba » est comme la tontine mais avec une réalité qui nous est propre en Afrique.

Au Congo, « dia – Ntotila », c’est-à-dire,

« Royaume », entre le 14ème et le 16ème siècle, cette épargne traditionnelle a fait se développer certains métiers qui ont marqué les annales de sa grandeur passée.

« Dans le royaume du Kongo, une foule grouillante habillée de soie et de velours, de grands Etats bien ordonnés, et cela dans le moindre détail, des souverains puissants, des industries opulentes, civilisés jusqu’à la moelle des os ! »…Cette exclamation de l’explorateur et ethnologue Frobenius montre bien qu’au Kongo, dans le passé, ce peuple savait travailler quand son intérêt était pris en compte.

C’est ici que commence le système de « Likelemba », l’épargne dans la famille, entre amis, groupe du même village, de même profession, etc….

Cette épargne traditionnelle est entrée dans nos habitudes à l’époque du pouvoir monarchique, quant au droit coutumier du roi, qui bénéficiait d’une partie de cette épargne.

Cette pratique a duré durant des siècles, jusqu’au 19 ème Siècle avec le nouveau statut d’état indépendant du Congo.

Pendant cette période, le système d’épargne traditionnel a connu un triste souvenir selon les récits de nos anciens; parce que, le travail était le « Bula – Matadi », travail non rémunéré qui obligeait les congolais à casser les pierres pour construire les voies ferrées; un travail qui a causé bien des morts sans toutefois couter aucun salaire….

Par ailleurs, voici cette illustre déclaration :

« Nous devons être à la fois prudents, habiles et prompts à agir, afin de nous procurer une part de ce magnifique gâteau africain »

Léopold II, roi des Belges en 1877.

En effet, voici comment les nouvelles générations ont récolté, ce que leurs anciens n’ont pas semé !

Un travail pour rien, pas de « Likelemba » ou sans travail, pas d’épargne et ainsi de suite.

Enfin, en 1908 avec le nouveau statut du Congo/Belge, l’idée d’épargner revient dans l’esprit des congolais, puisque le travail est maintenant rémunéré. A ce point de vue, comme il est dans l’habitude du peuple bantu et congolais en particulier, nos joies et souffrances sont souvent manifestées dans la chanson, et l’imagination congolaise saisira l’occasion pour composer deux chansons ou « tubes », qui demandent au peuple d’aller travailler pour gagner de l’argent et ensuite épargner.

La seconde, parle d’une façon qui encourage à faire le « Likelemba » tontine :

  1.  Sala mbongo
  2. Na mokili tour na tour

Avec cette conjoncture, dans le cas de l’ex-province de l’ex-Léopoldville, les noms anciens : comme, Mudia-ndambu, Kudia-Kubanza, Ndombe-Opetunê, Falanga, Kafuti, Mbongo-mpasi,

etc …, bien des noms qui nous rappellent la sagesse de nos proverbes, en nous demandant à aimer le travail durant la vie et de penser à épargner une partie de ses revenus pour l’avenir incertain.

Désormais, ces noms seront à la mode auprès des bébés de l’époque.

Maintenant, comment fonctionne le système « likelemba » chez les congolais dans ce contexte colonial ?

Toujours traditionnel et sectaire, à double face : dans certaines campagnes, il consiste en un travail collectif dans un même champ pour subvenir aux besoins d’un membre de la famille qui veut aller étudier à la mission ou apprendre un métier quelconque en ville ; ou encore, construire une case pour un jeune en âge de se marier etc….

En ville, par exemple à Kinshasa : les hommes et les femmes vont constituer de petits groupes dans les différents quartiers populaires pour faire le « likelemba », le contexte n’est plus celui de nos villages à la campagne.

Il y a du travail dans différentes compagnies coloniales et aussi au niveau de l’Etat qui avait besoin de main d’œuvre ; à cette époque, il fallait trouver du travail pour pouvoir résider à Kinshasa.

Souvent le seuil du nombre de personnes qui font le « likelemba » ne va pas au-delà de douze, par soucis d’équilibre pour le paiement.

L’idée est simple, c’est une parole de confiance réciproque : chacun des membres versera mensuellement un montant déterminé durant les douze mois, à chacun son tour et aussi le choix du mois convenant pour toucher les douze parts; Il doit aussi verser comme les autres membres.

Ainsi, on a commencé avec le mois de janvier, etc… jusqu’en décembre, alors la dernière personne à percevoir le « likelemba », serta souvent une dame qui organisera une fête pour clôturer le « likelemba ».

Cette somme perçue par chacun, va pouvoir être utilisée selon ses besoins : peut-être acheter un troupeau ou un véhicule, une parcelle, construire un petit bar pour vendre de la bière belge, faire un petit commerce dans le quartier, ou avoir un apport de fond d’avance pour acquérir une maison confortable à crédit, etc…

Au bout du compte, l’enthousiasme du congolais pour le travail s’est transformé en déception : d’abord par le rapport de force entre la violence de l’Etat colonial et le soi-disant indigène congolais ; d’autre part, le salaire mensuel n’est pas à hauteur du travail accompli !

Nous voici dans un contexte d’ouverture au monde avec le premier conflit international ; le « likelemba », à défaut de jouer un rôle économique à grande échelle, a plutôt créé un lien social fort. Dans un bar le soir, les gens iront pour échanger des idées, communiquer une information, faire des rencontres etc…

C’est à ce moment que naîtra le premier orchestre de musique congolaise moderne ; un lien entre Congo/Belge, Angola, Congo/Brazza, et le Cameroun.

Après tous ces bouleversements, quel est l’état des lieux de l’épargne traditionnelle congolaise ?

Celle-ci n’est pas un microcrédit comme nous l’avons fait remarquer, avec une articulation de dualité, entre tradition et modernité. Selon certaine théorie actuelle de l’histoire économique occidentale, le passage de la société traditionnelle à la modernité, se fait par la douleur ! C’est à dire, l’utilisation de la violence par l’Etat vis à vis de sa propre population pour imposer ses choix économiques concernant le développement de la nation. Là n’est pas le domaine de notre sujet ; en effet, le « likelemba » est une initiative personnelle, non officielle, pas de document à signer, basée sur une parole de confiance dans le groupe ; son but est d’arriver collectivement à se créer un apport personnel pour investir dans un projet d’avenir, souvent une nouvelle activité pour améliorer son quotidien.

Quant à ce projet, la personne est libre d’entreprendre ou d’exercer l’activité qui correspond à sa motivation ; avant, c’était surtout une part d’obligation envers la famille (l’orientation ne dépendait pas d’un choix personnel); aujourd’hui cette épargne peut sortir de l’ombre pour se conformer aux normes de la modernité si on lui donne les moyens de s’affirmer et surtout le gage de liberté institutionnelle.

Enfin, c’est un problème de caractère d’homme : à propos de caractère, voici ce qu’écrit l’américain Stephen R. Covey :

« Notre caractère est fait d’habitudes : qui sème une pensée récolte une action ; qui sème une action, récolte une habitude ; qui sème une habitude, récolte un caractère ; qui sème un caractère, récolte un destin. »

Ainsi, nous résumons le système de ( likelemba ) comme une possibilité de construire son avenir ; pour ceux qui ont chance de travailler; et pour les autres, il faut toujours chercher, celui qui a l’habitude, finira par trouver ce qu’il veut. Comme disait nos anciens :

« cette pratique est comme le monde qui tourne ; à chacun son tour et ensuite, on recommence. »

Pour conclure ce sujet, je pourrais dire à nos futurs lecteurs cette pensée qui me vient à l’esprit: quand le soleil brille, il brille pour tout le monde.

La nature à bien fait les choses ! Toutes ces lois sont justes. Qu’il est merveilleux notre créateur : il nous a installé ici sur cette planète, pour la valoriser avec notre action ; et non pas pour l’abîmer en avatar humain.

Pour tourner la page à cette narration nous terminerons par la sagesse de nos proverbes Kongo: « la chèvre marche à quatre pattes, mais il ne marche que sur un seul chemin »

Cette sagesse s’applique aussi à l’homme, il a deux pieds mais il marche sur un seul chemin.

A chacun son interprétation sur notre point de vue; ici vous êtes sur un blog de carrefour de la libre pensée (voici notre marque de fabrique: « soft traditional »)

Tatu Kaniki.

Articles sous Copyright ©2014 gastontwine.wordpress.com Tous droits réservés

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.