Pour l’homme bantu, l’art manifeste l’esprit de notre existence sur cette terre des êtres humains, il est l’objet de notre croyance à un être suprême qui règne dans l’univers, il fait le lien entre les ancêtres et les vivants ; ainsi, il fait aussi partie de notre savoir-faire dans cette société des hommes intègres.
L’esprit créatif est une richesse culturelle pour le peuple bantu; ce style d’art manifeste le caractère un peu particulier d’une communauté à laquelle il appartient en Afrique, il a les mêmes codes et des formes semblables qui témoignent de la particularité d’une culture à ce peuple bantu d’Afrique. Et les artistes à Kin peuvent parler au nom de tous les bantu, parce que la RDC est le plus grand pays où il y a plus d’ethnies.
Cette nouvelle ère qui débute à Kinshasa peu contaminer d’autres capitales de ce continent, donne envie de faire connaitre leur culture dans d’autres horizons comme une valeur marchande. Concernant nos artistes congolais, en ce moment leur motivation apporte un courant d’esprit inventif, de création et de libre expression dans nos rues. Parfois l’exposition commence par la manipulation du corps comme sujet de l’art. En nous présentant un homme peint de cire noire sur tout le corps, portant des lunettes qui brillent comme les ampoules d’une lampe dans l’obscurité (C’est de humour noir). Dans nos rues de « Bidonville de Ville » comme certains de nos visiteurs la surnomment, après leur voyage de retour chez eux, la foule vogue en aller et retour.
Il y a aussi le regard de nos acteurs qui observent les gestes quotidiens de nos concitoyens pour l’exprimer en œuvre d’art. La rue est une école pour leur formation d’artiste. Ils nous exposent un cadre d’un groupe d’individus à l’image des résistants qui ont perdu un combat mais toujours prêt à reprendre la guerre ! C’est une expression humaine digne d’une carte postale haute en couleur où peu de touriste profite d’une prise de photo souvenir avec le groupe. C’est ainsi qu’on peut librement exprimer l’expression de notre corps humain, quelle que soit la couleur de sa peau pour inspirer la création d’une œuvre d’art. Cette exposition à Kinshasa propulse nos artistes devant la scène internationale; l’art est partout dans nos rues, c’est une nouvelle sensibilité, habitée d’un désir de concilier la tradition et la revendication. Avec cette mondialisation de la culture, leur vision du monde a été élargie ! Il y a une crainte légitime de leur part pour ne pas perdre notre culture d’origine et surtout nos valeurs. Le portrait qu’expose nos artistes , est un tableau assorti de couleurs vives destiné pour le public international.
Quant à l’expression de leurs sculptures, elles exposent le malheur et les traumatismes que notre peuple a connu depuis les années 1960 et surtout la souffrances de nos mères et sœurs violées pendant les différentes guerres que la RDC a connu depuis la période de son indépendance. Ces créations exposent en outre , la douleur de la Femme Africaine devant la face du monde, pour faire connaitre ce drame qu’elle subit à cause des guerres d’intérêts qui ne sont pas les leurs !
Après cette expression revendicative, ils nous présentent encore un autre décor de « Lookman », ils expriment ainsi aux visiteurs : vous le savez bien dans l’histoire du royaume Kongo. Nos ancêtres étaient habillés en soie et en velours , avec tous les détails fabriqués ici au Congo. Aujourd’hui à Kin, les artistes débordent de talent, ceux qui sont connus en dehors de notre continent, exposent et vendent leurs œuvres au-delà de nos frontières . Cette reconnaissance internationale de leurs œuvres d’arts n’offre aucune protection aux créateurs et congolais en général, dans nos inquiétudes sur le futur du pays. Le lien avec nos ancêtres semble s’éloigner depuis des siècles !
Où sont partis nos repères ? Comment ont-ils fait pour que nous soyons le dernier pays d’Afrique à être colonisé seulement au début du 20ème Siècle. Sans soutien de la racine de nos liens ancestraux, mais avec une ferveur débordante d’énergie créative; nos artistes inventent l’art contemporain congolais avec leur propre imagination. Oui bien sûr, certains de nos artistes exposent aujourd’hui, par exemple : à Londres, France ou à Monaco etc.…, ils ont reçu leur culture à l’école de la rue, mais à présent : ils ont le succès et l’argent pour vivre confortablement et aussi pour voyager à l’étranger. Et puis, il y a le problème de la jalousie qui surgit au sein de la communauté ; en effet, il n’est pas seulement le cas propre aux congolais. Quant à la proposition de quitter Kinshasa, voici comment nos visiteurs rapportent : « Ces Artistes l’aiment toujours leur Bidonville De Ville ». Cette ville qui aujourd’hui est devenue une poubelle est la source de leur inspiration pour la création de leurs œuvres. Elle nous apporte le vent de l’énergie innovante et résistante contre la fragilité de vie actuellement au RDC. Mais, il faut aussi reconnaitre que, Kinshasa fut pendant une époque parmi les meilleures villes d’Afrique. Et puis, les différents conflits sont passés dans l’étendue du territoire national : la guerre de sécession au Katanga, la rébellion, le conflit tribal, la guerre angolaise contre le colonialisme portugais, la désertification de nos campagnes, la famine et la maladie ont été les causes de l’exode de masse de la population vers la capitale de la RDC.
Aujourd’hui, malgré son côté chaotique, nous sommes attachés à cette ville, nous nous contentons de ces conditions de vie ! L’exil n’est jamais facile pour quiconque. Ceux qui vont ne sont plus les mêmes au retour.
« Ils y vont pour chercher un eldorado que certains trouvent quand même mais pour la grande majorité d’entre eux, malheureux, reviennent souvent avec les problèmes de famille en dislocation ! »
Certes, le mythe de l’occident comme terre de prospérité existe toujours pour l’homme africain mais à quel prix pour certaines personnes ?
Enfin, pour l’homme africain et congolais en particulier, dans cette vie qui n’offre pas de protection pour les plus faibles, partir à l’étranger ou rester au pays, nous est égal ! Notre humanité est souvent objet de mépris. En restant sur le terrain en question, nous pouvons lutter ensemble avec notre population et montrer à la face du monde de quoi nous sommes capables. Dans nos rues, nous trouvons les sujets et les thèmes qui donnent la motivation créative en observant la vie de nos concitoyens .C’est un musée dans la rue à Kinshasa et il est visité gratuitement par tout le monde. Notre art n’est pas sélectif, il se transmet de génération en génération, imprégné des coutumes et transforme nos modes de vie en évoquant le lien et la protection de nos ancêtres. L’exemple de notre artiste sculpteur renommé Freddy Tsimba, après ses études à l’académie des beaux arts de Kinshasa; c’est à la rue avec les forgerons comme formateur qu’il a fait école pour parvenir à ce niveau de reconnaissance. Il expose dans son atelier les oeuvres monumentales, qui traduisent souvent le malheur et les traumatismes de notre peuple engendrés par les différents conflits au RDC. Les femmes sont les premières victimes et portent les stigmates dans leurs corps à cause du viol brutal ! Et Tsimba se demande devant la face du monde pourquoi cette humiliation à nos mères et sœurs ici dans ce continent?
Un autre artiste célèbre peintre reconnu à l’étranger, fait partie de ceux qui ont contribué à faire connaitre le savoir-faire congolais au-delà de nos frontières: c’est le peintre et pasteur Dodo.
Un regard vif devant l’objectif, lucide dans son propos concernant sa vie privée. Ses œuvres sont animées par une énergie débordante et font actuellement le tour du monde avec un gain de revenu en dollars qui lui permet de vivre confortablement à l’étranger .En outre, il a déjà préparé la nouvelle génération, qui, elle aussi est habitée par une même vitalité, un même désir de concilier tradition et revendication. Concernant sa mission de parole pour les congolais; il nous répond par cette question : concernant nos intérêts congolais pendant cette période difficile, qui peut les défendre sincèrement sans arrière pensée ?
Voici un exemple : 500 000 femmes congolaises ont été violées pendant les différents conflits au RDC. En plus, il y a les cas des enfants soldats, le jeune artiste Amisi, aujourd’hui 17 ans, formé au centre « Mosolo » pour les enfants de la rue à Kinshasa, a exposé ses œuvres à Strasbourg en France et maintenant il a pu acheter une maison.
Enfin, le cas célèbre de Rachel Mwanza qui s’est retrouvée à la rue à 10 ans, remarquée par un metteur en scène canadien, elle a obtenu le prix de meilleure interprète dans un documentaire à 15 ans en 2012 à Berlin. Tout congolais est fier de son succès par rapport à ce parcours exceptionnel et lui souhaite les meilleures choses dans sa nouvelle vie en occident. Pour nos artistes congolais, cette situation de crise que nous vivons sur le terrain africain est un enjeu et aussi une opportunité à saisir pour pouvoir inventer un système de survie adaptée.
Enfin, avec une telle adversité, l’espoir fait vivre, pour tout être humain quelle que soit la couleur de sa peau !
Tatu Kaniki.
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